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Par exemple, ce que je ressens ? Je me sens comme une cocotte-minute sous pression, mais à feu doux quand même : la soupape qui fait un petit pschitt de temps en temps pour libérer le trop plein. Par exemple ce que j’observe ? L’aéroport de Roissy – Charles de Gaulle : un monde assez horrible par la quantité de béton et de bitume agglutinée au beau milieu des champs ; un monde fascinant par la multitude de gens qui le peuplent (c’est la multitude ou les gens qui peuplent ?). Après le repas (champagne pour l’apéro
: chacun son snobisme, steak tartare en plat principal : tu en veux,
Vincent ?), nous allons marcher peu, pour digérer. Visite du
terminal 3 : un grand hangar assez rudimentaire, qui sent le provisoire.
Un avion vient d’arriver, sans doute de loin : les gens que nous
croisons portent dans leurs vêtements et dans leur regard un peu
hagard les traces de provenances lointaines. Il y a aussi les obscurs,
les invisibles, qui œuvrent dans l’ombre de cette immense
fourmilière. Réveil en sursaut au cœur de la nuit. Des bruits, des voix dans le couloir. Mais quelle heure peut-il bien être ? C’est déjà le matin ? Le réveil n’a pas sonné ? On a raté l’heure de l’avion ? La cocotte-minute passe sur feu vif. Impossible de me rendormir sans savoir l’heure. Mais je n’ai pas de montre. Désolée, Éric de te réveiller. Finalement, il est (seulement) une heure du matin : ouf ! En revanche, quelques heures plus tard à peine, dur, dur, le réveil. Comme de vrais pros du voyage, nous trouvons la bonne navette (ligne 5), le bon terminal (2B) et la bonne file d’attente à ce qui semble être le seul guichet disponible dans tout le terminal pour franchir la douane : patience. À l’approche du guichet, j’ouvre mon sac pour y repêcher mon passeport. Et là, la cocotte-minute passe instantanément en surpression, au bord de l’explosion : mon passeport n’est pas dans la petite poche arrière, où je l’ai rangé au départ. Donc, je l’ai perdu. Donc, je ne peux pas passer la douane. Donc, je ne peux pas partir. Du calme, Isabelle, respire. Cherche ailleurs dans ton sac. Finalement, il était bien dans la petite poche, mais pas dans la petite poche du petit sac dans le grand sac. Je l’avais mis directement dans la petite poche du grand sac, pour faire plus vite. Nous voilà dans la file d’attente suivante, au comptoir d’enregistrement. C’est là que nous trouvons enfin les deux dames embarquées dans la même aventure que nous. L’une des deux m’avait téléphoné pour me demander s’il était possible de se retrouver à Roissy car, n’ayant pas ou peu l’expérience des voyages, elles craignaient de se perdre. Nous avions donc réservé comme elles une chambre à l’hôtel Ibis. Manque de bol, ce n’était pas dans le même ! Mais elles ne sont quand même pas perdues : bravo, mesdames. Nous voilà dans l’avion pour Londres : deuxième saut de puce. Le temps est dégagé et après le survol de la Manche, changement de décor. Ce ne sont plus les mêmes couleurs, les champs sont plus verts car les céréales y sont moins avancées, les maisons sont plus grises et surtout impeccablement alignées les unes à côté des autres. Nous voilà à Heathrow : enfin un véritable
aéroport international. Un espace encore plus immense, impossible
à appréhender dans son entier, des destinations aux quatre
coins de la planète, des bribes de conversations dans des langages
incompréhensibles, une large palette de physionomies : toutes
les tailles en hauteur comme en largeur et toutes les couleurs. Pour
tuer le temps pendant l’attente avant de s’envoler pour
Moscou, un peu de shopping dans les boutiques duty free, des parfums
« from France » pour nos amies russes. L’hôtel Ismaïlovo est un établissement aux charmes typiquement soviétiques : trois bâtiments d’une vingtaine d’étages, vantant les mérites du béton, avec, à l’intérieur, des escaliers, des couloirs, des salles aux dimensions généreuses. L’établissement a visiblement fait l’objet de rénovations successives ; l’entrée du bâtiment Delta, où nous sommes logés, est d’ailleurs en chantier : un vrai cauchemar pour les valises et sacs à roulettes. Mais il reste encore du boulot, notamment dans la salle de bains de notre chambre dont les équipements semblent dater d’une époque depuis longtemps révolue. En particulier, la chasse d’eau des toilettes ne résiste pas à notre première utilisation et se met à fuir bruyamment sans vouloir s’arrêter. C’est Éric qui sauvera la situation, non pas grâce à ses talents de bricoleur, mais grâce à sa maîtrise de la langue russe : il saura expliquer à la réceptionniste l’ampleur du problème. En fait, ce n’est pas vingt étages, mais trente, enfin, vingt-huit précisément. Pour le seul bâtiment Delta, il n’y a pas moins de douze ascenseurs pour les desservir : six pour jusqu’au 15e étage et six pour les étages supérieurs. Cela fait du bien de souffler un peu. Je me sens encore un peu vaseuse après la descente sur Moscou et l’atterrissage. Il ne nous reste qu’à attendre de retrouver Catherine qui, semble-t-il, vient de loin. Miracle de la technologie moderne : le téléphone d’Éric fonctionne comme à la maison (enfin presque : on verra plus tard, pour la facture…). Il a pu joindre Catherine sur son portable sans grosses difficultés. Il n’y a que pour appeler en France qu’il n’a pas encore trouvé le truc. En attendant, il peut même relever ses mels : le bonheur. Ils sont venus dans une grosse japonaise avec conduite à droite. Les Russes semblent amateurs de ce genre de voitures, on en croise pas mal. Nous nous y entassons, les quatre nanas à l’arrière. La ceinture de sécurité ? Quelle ceinture ? En Russie, le code de la route est appliqué avec souplesse. La conduite demande en outre visiblement une grande dextérité pour slalomer entre les obstacles qui peuvent surgir à chaque instant. Nous partons en quête d’un restaurant. Cela semble difficile car, bien qu’il fasse encore jour, il est déjà tard : c’est l’époque des nuits blanches. Au troisième essai, nous finissons par nous attabler dans un restaurant ukrainien, le Taras Boulba. Décors typiques, serveurs en costumes locaux, carte épaisse comme un annuaire. Nous faisons aveuglement confiance à nos amis pour faire une sélection. En France, on parle de boire en mangeant. Ici, en Russie, il plutôt question de manger en buvant. On nous apporte tout un assortiment d’une dizaine de petites assiettes, pleines de petites choses délicieuses. Chacun picore à sa guise : poisson fumé, lard fumé, cornichons, champignons, poivrons, ail confit, galettes de pommes de terre, sortes de gros raviolis… Tout cela est abondamment arrosé de divers liquides : kvas pour se désaltérer, champagne ukrainien pour les filles et pervak pour les durs. Il n’y a que Marina qui boit un peu d’eau car elle n’est pas très en forme. Le pervak est un alcool blanc très parfumé, mais très fort, plus fort que la vodka, qui n’est, elle, qu’à 40°… seulement. Après cette halte roborative, en route pour un tour de Moscou by night. Même au cœur de la nuit, la ville reste très animée. Mais il est déjà tard et il est temps d’aller faire un gros dodo en prévision de la journée de demain. Rendez-vous est pris pour la fin de la matinée. Ce sera plus facile de se retrouver, maintenant qu’ils savent où se trouve l’entrée de notre hôtel. |
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