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C’est bon de s’attarder un peu en pensant au reste du groupe qui est déjà parti crapahuter à la découverte de Moscou. Dans l’immense salle d’un des multiples restaurants de l’hôtel, le très, très long buffet offre de quoi faire un repas pantagruélique. Mais, la saucisse au petit déj’ : bof, bof. En attendant que Catherine et sa bande se manifeste,
nous partons tous les deux à l’aventure. Il y a un marché
juste en bas de l’hôtel, un marché aux vêtements,
peu fréquenté par les touristes, mais énormément
par les moscovites. Au bout de ce marché, nous franchissons un
grand portail, moyennant la modique somme de dix roubles par personne
et nous pénétrons dans un marché artisanal. Nous
remontons une allée, qui débouche dans une autre allée,
puis un escalier en bois, puis encore une allée, et ainsi de
suite, cela n’en finit pas. Et c’est vraiment magnifique.
Les allées sont, pour la plupart, bordées de petites échoppes
en bois, qui regorgent de trésors multicolores. Je veux tout
! Vous m’en mettrez un de chaque : des objets de l’artisanat
traditionnel russe, en bois peint, verni, laqué, laqué,
de la broderie, du patchwork, des robes, des châles, des écharpes,
des chapkas, des bijoux, des tapis, des peintures, gravures, aquarelles,
et encore, et encore… Nous n’en voyons pas la fin, d’autant
moins que nous recevons un appel de Catherine : ils sont là dans
quinze minutes. Il faut retrouver son chemin dans ce dédale :
c’est par où, la sortie ? Nous sommes accueillis par une deuxième Catherine (elle aussi travaille chez Auchan), son mari et leur fille Lisa qui aura un an dans quelques jours et qui est une adorable petite poupée brune aux grands yeux qui fait ses premiers pas. Je ne me sens pas très à l’aise au début. L’ambiance est un peu crispée et la conversation, difficile à engager. Catherine n°2 parle un français impeccable, sans aucun accent, mais elle n’est pas aussi chaleureuse que Catherine n°1. Le thème des enfants semble être un sujet de conversation facile, mais il tourne court assez vite. Nous finirons quand même par nous trouver un point commun : elle fait partie d’une chorale à Moscou, qui porte le nom de Georges Brassens, avec un important répertoire de chansons françaises. Elle vient en France à la fin du mois, à Thuir, pour un festival de chorales. Ce n’est pas très loin de chez nous ; si je peux, j’irais bien voir et entendre… Catherine et sa bande avaient fait les courses ce matin et ont amenés tout ce qu’il faut pour nourrir, et aussi abreuver bien sûr, tout un régiment. Les hommes s’occupent du barbecue, les femmes préparent les légumes et les fruits : rien de nouveau sous le soleil. Nous mangeons dans le jardin, à l’ombre d’un petit kiosque tout en bois. L’ambiance à table s’est nettement détendue. Mais, le clou de la journée, c’est le mystérieux banya. Contre une des clôtures du jardin, il y a trois grandes cabanes en bois : une pour les toilettes (il y en a aussi à l’intérieur de la maison), l’autre avec la réserve de bois et la dernière avec les fameux bains. Cette dernière se compose de trois pièces successives, la première sert de vestiaire, la deuxième abrite la douche et la troisième ressemble en fait à un sauna. Marina est très impatiente, cela fait très longtemps qu’elle n’a pas eu l’occasion de se livrer à ce plaisir incomparable à ses yeux. Donc, ce sont les filles qui commencent. Le premier passage, c’est juste pour prendre la température. C’est déjà bien chaud, grâce aux bons soins de nos hôtes, qui ont alimenté le poêle à bois, placé dans un angle, depuis ce matin. De grosses pierres sont posées dessus, elles sont brûlantes. On verse de temps en temps un peu d’eau dessus, l’eau se vaporise instantanément et la température monte encore. L’air dans le banya est plus humide que dans le sauna scandinave (mais pas autant que dans un hamman), ce qui rend l’atmosphère plus supportable à mon goût, malgré la forte chaleur. Il faut respirer par la bouche : par le nez, c’est trop chaud. Il y a deux bancs, un au dessus de l’autre, comme deux hautes marches d’escalier. Marina, Catherine et moi sommes assises sur la marche la plus haute. Mon corps s’habitue assez vite à cette chaleur humide et je me sens rapidement plus à l’aise, détendue. J’ai réussi mon baptême. En arrivant tout à l’heure, Micha avait tout de suite disparu dans la forêt toute proche et en était revenu peu après avec une brassée de branches de bouleau avec lesquelles il avait très soigneusement préparé deux bouquets feuillus, en taillant méticuleusement les branches à la même longueur et en les liant avec un morceau de ficelle. À quoi ça sert, ces trucs ? En suite, c’est au tour des hommes : Micha et Éric disparaissent dans la cabane en bois… À leur sortie, Éric a sur le visage une expression indéchiffrable : impossible de dire comment il a trouvé l’expérience. En tout cas, il est toujours vivant. C’est à nouveau le tour des filles. Maintenant, c’est du sérieux, on ne rigole plus. À moi l’honneur : on m’invite à m’allonger sur le ventre, sur la marche du haut. Le nez dans les bras, je ne vois plus ce qu’il se passe dans mon dos. Je vais apprendre sans tarder à quoi servent les balayettes de bouleau : d’abord effleurages presque imperceptibles, puis caresses légères, puis balayage de plus en plus appuyé, sur les épaules, le dos, les fesses, les cuisses, les mollets et la plante des pieds. Dit comme ça, cela peut paraître assez violent et, de fait, ça l’est, mais sans aucun sadisme. Encore que, si c’est Marina qui officiait dans mon dos, je n’exclus pas qu’elle ait pu prendre un certain plaisir à pratiquer cette initiation… En tout cas, ce traitement est réputé en Russie pour être excellent pour la santé : il lutte contre la cellulite, stimule l’organisme, nettoie les impuretés en profondeur, décontracte et régénère le corps tout entier. Mais, en cours de route, nos amis russes sont pris d’une
irrépressible envie de glace. La solution : halte au prochain
MacDo (écrit en cyrillique, c’est rigolo). Damned : il
est fermé. Ce n’est pas grave, il y en a un autre un peu
plus loin. Là, l’attente est interminable, non pas à
cause de l’affluence, mais en raison d’un désaccord
entre Catherine et le vendeur : l’une exige ses glaces avec triple
dose de chocolat, tandis que l’autre prétend que c’est
impossible sous peine de débordement. Longue négociation
dont Catherine sort victorieuse : sacrée Catherine ! Nous ne
serons pas à dix heures à l’hôtel. Le quart
d’heure toulousain est devenu le quart d’heure moscovite.
Nous retrouvons notre groupe dans un des restaurants de l’hôtel.
C’est l’anniversaire d’Oscar : tournée générale
avec une première, puis une seconde bouteille de vodka. Mais
Éric jette l’éponge très vite : malgré
le banya, il n’a pas encore réussi à éliminer
tout le pervak avalé hier soir. Au dodo. Demain est un autre
jour. |
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