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Aujourd’hui, pour notre dernière journée
à Pékin, avec notre gentil groupe franco-suisse, programme
chargé et pas mal de marche à pied en perspective. À l’autre bout de la place, faisant face au mausolée, le portail monumental de la Cité Interdite, résidence principale des anciens empereurs, sert de support au poster géant de Mao, qui contemple la foule nombreuse d’un air las. Nous franchissons le portail, pour pénétrer dans une immense cours intérieure. À l’autre bout de la cour, un autre portail ; après le portail, une autre cour, puis un autre portail, puis encore une cour… Chaque portail est en fait un palais, abritant des salles d’audience où l’Empereur recevait ses visiteurs selon un protocole extrêmement strict : être reçu par le Fils du Ciel n’était pas à la portée d’un premier venu. L’ensemble de la Cité contient 9 999 bâtiments, pas plus : cela aurait été prétentieux. Les bâtiments portent des noms poétiques et évocateurs : l’harmonie absolue, l’harmonie suprême, l’harmonie préservée… Palette de couleurs primaires : rouge, jaune, bleu, hélas
ternies par une épaisse couche grisâtre, comme beaucoup
de nos monuments en ville (c’est la palette ou les couleurs, qui
sont ternies ?). Les visiteurs n’étant pas autorisés à pénétrer à l’intérieur, la foule innombrable des touristes grouille donc dans les cours, les allées, les jardins. Les chinois sont de loin les plus nombreux, par groupe de trente à cinquante, identifiables à la couleur de leurs casquettes : les casquettes rouges, les casquettes jaunes et vertes, les casquettes blanches et violettes… un moyen efficace pour les guides-bergers de conduire leurs troupeaux au travers du labyrinthe de la Cité. À la fin de la visite, Wang nous invite à venir reposer nos pauvres jambes fatiguées d’avoir piétiné longtemps, dans un salon de repos où un thé nous sera offert. Quelle délicate attention ! En fait de salon de repos, c’est d’une boutique de souvenirs qu’il s’agit, peuplée de vendeuses toutes disposées à nous aider à dépenser nos yuans. Après cette pause, nous quittons la Cité Interdite par le portail de la Puissance Divine, à l’opposé de celui par où nous sommes entrés. Après la Cité Interdite, voilà le Palais d’été, qui est en fait la résidence secondaire des anciens empereurs, construite au cœur d’un immense jardin, autour d’un non moins immense lac, et visitée par un nombre tout aussi important de touristes. À l’époque, il n’y avait pas les touristes : ce devait être pas mal d’être empereur… C’est ici que nous prenons un déjeuner rapide, dans une sorte de fast-food local, un peu à l’écart des parcours des troupeaux de visiteurs. Les raviolis chinois, même si on ne sait pas trop avec quoi ils sont farcis, sont délicieux et pas trop difficiles à attraper avec les baguettes. Après cette halte, nous remontons la galerie la
plus longue du monde, interminable promenade couverte de plusieurs centaines
de mètres qui serpente le long du lac et permet de rallier les
différents bâtiments, à l’abri du soleil ou
des intempéries. Une étape importante de notre programme de visites de la journée, c’est la fabrique de perles de culture «made in China». Au lieu de laisser faire la nature et les huîtres produire de façon hasardeuse une perle chacune, les chinois exploitent une espèce particulière de grosses huîtres d’eau douce, capables de produire un grand nombre de perles simultanément. Dans un premier temps, avant la pause déjeuner, nous nous arrêtons dans un atelier où nous assistons à la projection d’une vidéo montrant comment on introduit dans l’huître de petits fragments de membrane, corps étrangers qui donneront naissance à autant de perles, dont la taille dépendra de la durée d’attente : au moins trois ou quatre ans pour de petites perles. Et, en fait d’atelier, c’est plutôt d’une boutique qu’il s’agit, avec colliers et autres bijoux de toutes sortes proposés à la vente. Dans un second temps, de retour de la balade sur le lac, nous faisons halte dans un autre atelier-boutique : une souriante jeune chinoise ouvre devant nos yeux ébahis une grosse huître baveuse qui recèle, combien selon vous ? trois ? huit ? dix ? treize perles ? qui dit mieux ? Vingt-et-une ou vingt-deux perles en tout ! Après la démo, n’oubliez pas de visiter notre « salon ». Les prix affichés sont des « prix pour Japonais », ce qui signifie que le marchandage est autorisé, voire recommandé. Pour qui sera ce joli collier : je le garde pour moi ou j’en fais cadeau à ma Lili ? Après la fabrique de perles, la fabrique de soie : une souriante jeune chinoise nous accueille pour nous expliquer les différentes étapes conduisant du pauvre petit ver à soie aux kilomètres de fil permettant de produire tissus, puis vêtements, en passant par le cocon et le papillon. Présentation claire, simple et efficace, bref très pédagogique. La jeune femme souriante explique, Wang traduit. Peut-être qu’en réalité, elle déverse un wagon d’insultes sur Wang parce qu’il l’a plaquée pour une vendeuse de perles, tout en conservant son sourire imperturbable, tandis que ce pauvre Wang, tout aussi inébranlable, fait mine de traduire. Et nous, braves touristes, nous nous extasions sur la quantité de fil que l’on peut tirer d’un seul cocon : vraiment ? tant que ça ? Et savez-vous comment on fait pour reconnaître la vraie soie de la synthétique ? Yan, prête ton briquet, s’il te plaît. Si, quand on approche la flamme, ça pue le plastique fondu, c’est pas de la vraie. Un peu radicale, la démo ! Il arrive que deux vers s’enroulent dans le même cocon, comme des sortes de jumeaux, et alors, impossible de démêler les deux fils. Ces cocons doubles servent à fabriquer des couvertures. C’est très simple, regardez : il suffit de les faire tremper, puis de les étirer progressivement jusqu’à 240 x 220 cm et d’en empiler plusieurs couches ; cela donne à la fin une sorte de couette très légère et très chaude (mais qui ne va pas à la machine…).
En première partie de soirée, nous allons au spectacle, dans un théâtre à la façade illuminée de néons rouges. Si j’ai bien compris, ce spectacle est inspiré d’un opéra chinois traditionnel. Il raconte l’histoire d’un jeune garçon contraint de quitter sa mère pour entrer dans une école et suivre l’enseignement de maîtres du kung-fu. La formation qu’il reçoit lui plaît beaucoup et il se montre bon élève dans toutes les disciplines. Mais un jour, il rencontre l’Amour. Il doit alors livrer le plus dur combat qui lui soit donné de mener, un combat contre lui-même, puisqu’il s’agit de résister à la tentation. Il finira par sortir vainqueur de ce combat et plus endurci que jamais, capable de réussir les épreuves les plus difficiles, comme briser des plaques de pierre d’un coup de tête ou s’allonger sur le tranchant de plusieurs sabres avec quelques poids posés sur le ventre : une énorme plaque de pierre, plus un ou deux camarades de jeux… En tout cas, c’est ce que mes yeux ont vu. Nul doute que mon «gladiateur» de fils aurait adoré assister à ces spectaculaires démonstrations. Pour ma part, je suis sortie de là un peu « sonnée » ! Dans ce spectacle très impressionnant, mais gorgé de violence, sur fond de musique assourdissante, les rares scènes où des femmes sont présentes sont des havres de paix : la scène de la rencontre avec la Femme aimée est d’une sensualité troublante et la séparation entre la Mère et son fils est franchement poignante. Décidément, dans ce monde de brutes, heureusement que les femmes sont là. Cela mérite bien un toast, n’est-ce pas, Yan ? Donc, à la santé des femmes ! |
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